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À propos de Bruno Labarbère

Avez-vous remarqué que les dentistes avaient souvent des problèmes de dentition, que les psychanalystes étaient rarement parfaitement sains d’esprit, que les coiffeurs avaient des calvities précoces et que les cordonniers étaient les moins bien chaussés ? Devenu myope très jeune (certains accuseront l’excès de dessins animés à la télévision, bien que les études ont démontré qu’il s’agissait plutôt d’une carence en mélamine) j’aurais donc dû selon cette logique devenir ophtalmologue. Ou au moins embrasser un métier en rapport avec la vision. Pourtant, jusqu’à mon entrée en Classe Préparatoire scientifique (PCSI), je rêvais de devenir designer automobile. Malheureusement, quelques incompatibilités avec les mathématiques m’auront fait déchanter.

 

Ma découverte de la photographie

C’est par le plus grand des hasards que j’ai (re)découvert la photographie en 2007 lors de mes études de Droit. Mais peut-être était-ce 2006. Ou 2008. Oh, bien sûr, lors de mes cours d’Histoire de l’Art avaient tenté de m’initier aux subtilités de Cartier-Bresson, de Brassaï, de Doisneau, de Kertesz, de Riboud et plus largement de la photographie humaniste française (que j’ai d’ailleurs toujours préférée à la photographie américaine d’Avedon, Leibovitz et Adams). Mais venant d’une famille qui ne jurait que par Raphaël et les églises romanes (c’est cela d’avoir des parents enseignants d’Histoire-Géographie), le huitième art m’avait toujours semblé secondaire. Snobisme de l’ignorance. Car mon premier contact avec mon tout premier appareil photo a été LA révélation. N’ayant toujours pas fait le deuil de mes rêves de designer, je retrouvais à travers la photographie cette alliance de la technique et de l’art, mêlant rigueur scientifique et liberté créative, à laquelle j’avais toujours aspiré sans le savoir.

Après une réorientation express et peu concluante en BTS de photographie, j’ai abandonné les tableaux noirs pour le col blanc de « conseiller clientèle » (une manière pompeuse de dire « vendeur en boutique »). Nous étions en 2010 et ma vie professionnelle démarrait en entrant par la petite porte dans une entreprise dont l’histoire m’a toujours fait rêver, devenue depuis une seconde famille : Leica. Un petit jeune sans expérience dans une grande et vénérable Maison. Trois belles années à faire mes armes au contact d’un monde parfois parallèle (celui de l’ultra-luxe) et tout à fait intriguant, où s’opposent le très commercial Salon de la Photo au plus velouté Paris Photo, où la mécanique photographique est élevée au rang d’art horloger, où la passion l’emporte bien souvent sur la raison.

 

Journaliste de jour, photographe la nuit (et l’inverse)

En 2013, changement d’orientation et franchissement de barrière tout en restant dans le monde de la photographie. Suivant une trajectoire inverse de celle habituellement empruntée, j’ai quitté un constructeur pour m’aventurer dans monde du journalisme technique (et photographique), troquant le costard-cravate pour la plume-clavier. Jusqu’en 2018, j’ai donc eu le plaisir et le privilège de diriger la rubrique photographique du site « Les Numériques », me familiarisant à la fois avec les exigences du journalisme, l’excitation du web et d’enrichissantes rencontre avec celles et ceux qui conçoivent objectifs et appareils photographiques.

D’une certaine manière, je restais dans le conseil d’achat, mais désormais par écran interposé. De photographe de rue je devenais photographe de mire. De photographe lambda j’étais propulsé au rang d’interlocuteur privilégié avec les ingénieurs japonais auxquels, non sans une certaine ironie, j’ai essayé (et essaie encore) d’inculquer les préceptes de wabi-sabi et de kaizen, même si sur ces derniers points je n’étais pourtant pas le plus légitime.

 

Mes amours japonaises

Le Japon et sa culture, justement, sont la deuxième plus belle rencontre de ma vie. Ce pays, j’en ignorais tout jusqu’à mon premier voyage sur l’Archipel en 2011. Il se résumait alors à son cinéma d’animation (« Jin Roh », « Ghost in the Shell », « Metropolis », « Akira » et « Mononoke Hime ont marqué mon enfance), quelques architectes stars (Tadao Ando, Shigeru Ban) et, il est vrai, les chocs visuels de « Aniki » (de Takeshi Kitano) et « La Ballade de l’impossible » (le film de Trần Anh Hùng, adapté du roman éponyme de Haruki Murakami). J’avais donc tout à y découvrir, et ce n’est pas peu dire que le coup de foudre a été presque instantané. Depuis, je tâche de revenir tous les ans (ou tous les deux ans, pour faire plaisir à mon banquier) afin d’en suivre les palpitantes évolutions.

Depuis dix ans donc, j’entretiens ma double histoire d’amour pour la photographie et le Japon. Il y a là-bas, au Pays du Soleil Levant, une lumière à nulle autre pareil, une élégance dans les gestes du quotidien que nous semblons avoir oublié en France, pourtant supposé pays de l’Art de Vivre. À bien des égards d’ailleurs, les cultures françaises et japonaises sont très semblables dans le fond, mais divergent radicalement sur la forme, l’art et la manière, ce qui est particulièrement criant sur le plan gastronomique.

Le Japon, ce pays terriblement ergonomique (dirait le technicien), définitivement Bauhaus (dirait le germanophile), radicalement mais harmonieusement contradictoire (dirait le flâneur). Une forme de Terre Promise, où le ciel est bleu presque transparent. Si la Thaïlande est mon pays de naissance, la France le pays qui m’a vu grandir, le Japon est sans conteste mon pays d’adoption. Un jour, j’irai y étudier l’ébénisterie traditionnelle (sashimono et kumiko), l’art exquis du kintsugi, les gestes de l’arakage et du shikkui, et rêve d’étudier l’œuvre d’Ito Noe dans le texte. En attendant, je continue de conseiller ses ingénieurs photo tout en m’émerveillant dans ses ruelles, Leica M au poing.

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