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Agur Chiberta !
J'ai eu la chance de voir Chiberta intacte une dernière fois quelques heures à peine avant le drame. Après les longs mois du premier confinement, j'étais descendu voir ma famille dans le Sud-Ouest, pour deux semaines de mise au vert, au grand air. C'est dans le train du retour pour Paris que j'ai appris la triste nouvelle. Puis deux autres confinements se sont succédés et je n'ai finalement pu redescendre à Chiberta qu'en juin 2021. Presque un an s'était écoulé depuis la catastrophe mais le vide laissé par l'incendie continuait à marquer autant le paysage que les cœurs. Pour contenir les tempêtes venues de l'Atlantique, seuls quelques arbres éparpillés, solitaires, demeurent. Les coucous ne chantent plus et les pics sont partis tapoter ailleurs. Les biches, autrefois croisées furtivement, ont été remplacées par la valse des bulldozers et des camions occupés à déblayer et nettoyer ce qu'il reste de la forêt : des troncs calcinés, du sable noirci, des racines sans vie. Tout à fait une autre, Chiberta ne sera plus jamais la même. On ne se promène plus sur le sentier qui longeait la forêt : on y marche lentement, en se recueillant, ravalant sa tristesse et sa colère, jusqu'à atteindre la plage où les embruns piquants et salés, de gré ou de force, vous redonneront le sourire en vous rappelant que la vie continue.

                 Quelque part, j'ai été heureux de revoir Chiberta, dénudée, une dernière fois, pour lui faire mes adieux. « Agur Chiberta ! », comme le diraient les Basques. Maintenant, laissons la biodiversité reprendre ses droits... et veillons à ce que ni les promoteurs immobiliers ni les politiques ne se montrent trop gourmands.
Au Pays Basque français (Euskadi), Anglet est coincée entre ses deux célèbres voisines Bayonne et Biarritz. Dans cette ville plus connue pour ses compétitions de surf et sa plage de 4 km de long, la forêt occupe 10 % du territoire. Ou plutôt « occupait ». La plus grande était Chiberta. Plantée au milieu du 19e siècle à la demande de Napoléon III, ses pins faisaient face à l'Océan, à quelques mètres de là, dansant au rythme du large. Comme beaucoup d'Angloys, nombre de mes souvenirs d'enfance sont liés à cette pinède : ses sentiers sablonneux, ses arbres se balançant au vent, le chant des pics verts et des coucous, ses haies de genévriers et ses parterres de fougères, ses randonneurs à vélo, à cheval, à pied, ses coureurs du dimanche et ses sportifs acharnés. J'y promenais mon chien avec mon père. J'y accompagnais (parfois) ma mère pour son footing. Quand j'étais enfant, mes parents me faisaient croire qu'ils avaient acheté la forêt pour moi et que, une fois grand, je devrai la protéger de ceux qui voudraient la raser pour en faire des golfs ou la bétonner. Mais ça, c'était avant. Alors que Chiberta allait bientôt atteindre son deux centième anniversaire, elle a soudain disparu. C'était un jeudi, le 30 juillet 2020, au coucher du soleil. Engloutie par un incendie criminel.
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